Numéro 56, 31 décembre 2009
Un des ou l’un des ?
Une dame qui nous écrit hésite entre ces deux
tournures :
La nouvelle conception de la piscine
centrale du navire est une
des nombreuses améliorations de notre programme.
La nouvelle conception de la piscine
centrale du navire est l’une
des nombreuses améliorations de notre programme.
Y a-t-il une règle qui gouverne le choix entre une des et l’une des ?
Dans une construction de ce type, le mot un(e) est un pronom
indéfini. Il est suivi d’un complément introduit par la
préposition de
ou
par le déterminant contracté des,
qui correspond à de les.
Ce complément désigne un ensemble d’éléments
(dans notre exemple, les nombreuses
améliorations)
dont le pronom un
singularise un représentant. Quant au petit mot l’, il s’agit de la
forme élidée du déterminant le
(ou la),
qui se rapporte audit pronom. Alors, ce petit mot l’ est-il
obligatoire, facultatif
ou interdit ?
En règle générale, il est facultatif : on
peut
employer indifféremment un(e)
de(s) ou l’un(e)
de(s). Les deux tournures de notre phrase sont donc
correctes. Cela dit, relevons certains critères et
tendances qui
peuvent guider notre choix.
1. L’un(e) de(s)
est
préférable à un(e) de(s)
a) De façon générale, dans un registre de langue
qui se veut soutenu.
b) Quand cela permet d’éviter un hiatus (suite de
deux voyelles phonétiques). Le cas se présente notamment après ces
mots : et, ou, où,
qui, quoi, si.
Prévenez-moi si un des parents doit
s’absenter. (si un : hiatus)
Prévenez-moi si l’un des
parents doit s’absenter. (préférable)
c) Devant les pronoms personnels pluriels nous, vous, eux et elles.
C’est l’un de vous qui sera choisi.
d) En tête de phrase.
L’un des témoins a raconté ce qu’il a
vu.
e) Il est obligatoire dans quelques expressions
figées où il est
question de deux éléments et où il y a inversion, le complément étant
placé devant le pronom. La plus courante de ces expressions est de deux choses l’une,
qui annonce une alternative.
De deux choses l’une : ou bien
il
vaincra, ou bien il mourra.
De deux
jours l’un, elle allait au village. (= un jour
sur deux)
2. à l'inverse, un(e)
de(s) est
préférable à l’un(e) de(s)
a) Quand cela permet d’éviter une allitération
(répétition d’une même consonne).
Il nous révèle l’un de ses secrets.
(-le l’un : allitération)
Il nous révèle un de ses secrets.
(préférable)
Cela demeure vrai dans les cas présentant un
hiatus. Cet hiatus est un moindre mal que l’allitération.
J’ai lu l’un de ses romans.
(lu l’un : allitération)
J’ai lu un de ses romans. (lu
un : hiatus, mais préférable)
b) Quand le complément commençant par de(s) est repris
par le pronom en,
le déterminant l’
est interdit.
De ces trois candidates, nous en
élirons une.
Nous en élirons une, de ces trois candidates.
c) Quand
un(e)
est suivi de seul(e),
le déterminant l’
est interdit.
Nous élirons une seule de ces trois
candidates.
Pas un seul des candidats ne répond aux
exigences.
(L’)un(e) de(s)... qui :
accord du verbe
Indépendamment de
l’emploi ou non du déterminant l’,
signalons en terminant
que les phrases de ce type peuvent parfois causer des hésitations
d’accord du verbe
lorsque le complément de l’un
est suivi d’une proposition relative. Le plus souvent, cette relative
se rattache logiquement au complément :
C’est (l’)un des romanciers qui ont
marqué le siècle.
Dans cet exemple, la personne dont on parle fait partie de l’ensemble
des romanciers qui ont marqué le siècle. La proposition relative
qui ont marqué le siècle
se rattache au nom
romanciers :
le verbe
ont marqué
s’accorde donc au pluriel. Cela dit, on rencontrera parfois des auteurs
qui, apparemment à l’encontre de la logique, accorderont le verbe au
singulier
pour insister sur la singularité, sur la particularité :
C’est (l’)un des romanciers qui a
marqué le siècle.
Dans d’autres cas, la relative se rattache bel et bien logiquement à
(l’)un(e). L’accord
se fait alors en conséquence :
C’est (l’)une des favorites qui a été
élue.
Dans cet exemple, la personne dont on parle fait partie de l’ensemble
des favorites, mais c’est uniquement elle qui a été élue. La
proposition relative
qui
a été élue se rattache au pronom
(l’)une :
le verbe
a été élue
s’accorde donc au singulier.
Voir aussi... On et l’on